La citadelle de Port-Louis, un vaisseau de pierre

La citadelle de Port-Louis, un vaisseau de pierre

août 28, 2026 0 Par admin

Origines

La citadelle de Port-Louis trouve son origine vers 1590 en pleine guerre de Religion. Le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et dirigeant de la Ligue catholique, s’allie avec le roi d’Espagne Philippe II contre le roi Henri IV. Ainsi, trois mille Espagnols s’emparent de la ville et l’architecte Cristóbal de Rojas, expert en fortifications (dont la plus grande œuvre est celle de Cadix), dessine les plans de la première version de ce fort. Sa situation géographique et le contexte de construction indiquent que ce bâtiment avait deux fonctions principales : servir de pied-à-terre pour les Espagnols et empêcher tout passage dans les rivières du Blavet et du Scorff. Dès le début, ce fort avait donc une fonction défensive et offensive. La place est ensuite rendue au roi de France Louis XIII, qui en fera une ville royale, et le cardinal de Richelieu activera les travaux qui donneront à la citadelle son aspect actuel.

Castillo Catalina a Cadix construit par Cristóbal de Rojas

L’arrivée de Jacques Corbineau

Ce bâtiment à fonction purement militaire et fonctionnelle permet de commander l’ensemble de la rade, notamment grâce à sa position privilégiée. Ici, l’architecte royal Jacques Corbineau prolongea cette idée d’un fort de contrôle, à la fois défensif et offensif.

Pour concevoir un bâtiment capable de se protéger tout seul, l’architecte a élaboré un plan rectangulaire flanqué de bastions en forme d’as de pique afin de protéger l’enceinte, offrant ainsi plusieurs points de vue sur l’attaquant (le tout entouré de larges fossés). De plus, l’inclinaison des murs permet de renforcer la stabilité et d’absorber les tirs de canons pouvant venir de la mer. On remarquera aussi l’utilisation d’un cordon — ceinture en pierres rondes entourant le bâtiment vers le haut — qui remplit deux fonctions : rendre difficile l’utilisation d’échelles pour l’assaillant, et protéger les murs de l’érosion en évitant que les gouttes ne coulent le long de la maçonnerie et n’attaquent le mortier.

Les remparts, avec en haut le cordon
Citadelle vue du ciel

Pour ce qui est de la fonction offensive, la forme suit celle du bras rocheux à la base des murailles, ce qui permet d’obtenir une vue panoramique sur toute la rade. L’épaisseur des remparts servait à faciliter la circulation et à stocker des munitions, mais aussi à supporter les lourds canons installés en haut des murailles. Ces derniers avaient l’avantage, par rapport aux bateaux voulant franchir l’estuaire, d’être stables et de tirer plus loin grâce à leur hauteur. Concernant les canons, les ouvertures taillées dans le parapet du rempart sont évasées vers l’extérieur pour offrir un large angle de tir. Enfin, le détail architectural le plus ingénieux (à mon avis) est celui des casemates : de petites pièces voûtées intégrées dans la maçonnerie pour abriter les canons des tirs venus d’en haut, parfaites pour viser à fleur d’eau les embarcations les plus proches.

Au milieu du mur, l’embrasure de tir d’une casemate

L’empreinte de l’architecte

L’empreinte de Jacques Corbineau sur ce bâtiment reste discrète : bien qu’il ait été sculpteur et maître maçon royal, presque aucune sculpture ne figure sur l’édifice (à part à l’entrée mais celle-ci relèvent du vocabulaire architectural officiel de la monarchie, et non de la fantaisie de l’artiste), ce qui paraît tout à fait cohérent. Néanmoins, on peut admirer la rigueur géométrique de la structure.

Entrée de la citadelle, brièvement sculptée

L’atmosphère ressentie

J’ai personnellement eu la chance de pouvoir visiter cet édifice. Le sentiment principal que j’ai ressenti était celui d’être en sécurité, abrité du vent par de larges remparts, sans pour autant me sentir écrasé par leur hauteur. Les larges allées et les grandes cours, notamment la place d’armes au centre, me donneraient presque envie de dire que c’était un endroit paisible. Toutefois, il me paraît raisonnable d’affirmer que ce bâtiment était purement fonctionnel et que mes ressentis ne restent qu’une impression personnelle.

Place d’armes

La citadelle à l’épreuve du temps

La citadelle a ensuite été remaniée à plusieurs reprises. À peine 60 ans après sa construction, le fameux architecte militaire du roi Louis XIV, Vauban, y apporta des modifications notables : l’ajout d’échauguettes, une réorganisation intérieure pour une meilleure optimisation, la construction de bâtiments logistiques — comme une citerne ou un magasin à poudre en cas de siège prolongé — ou encore la modification des embrasures pour accueillir des canons plus modernes. Plus tard, pendant la Seconde Guerre mondiale, l’armée allemande y coula du béton dans et autour des remparts pour installer de l’artillerie lourde, le site étant intégré au Mur de l’Atlantique.

Echauguette
Bunker de la Citadelle

Voilà quatre siècles que la citadelle résiste remarquable bien, et ce malgré le rigoureux climat breton et les conflits. On peut expliquer cette longévité par plusieurs facteurs : l’ancrage sur le socle granitique qui a évité l’affaissement de l’édifice, l’utilisation de ce même granit local extrêmement résistant, ainsi que le remplissage en terre compactée qui permet d’amortir les chocs grâce à sa structure souple.

En savoir plus

Site du Musée de la Marine -Citadelle de Port-Louis